Avec mon handicap, j’aimerais que les gens prennent le temps de me connaître avant de me juger. Mon fauteuil, mes mouvements involontaires et mes difficultés pour parler sont visibles. Ils ne racontent pourtant pas tout ce que je suis.
Mais cette attente m’amène aussi à réfléchir à mon propre regard sur les autres.
Avant de demander que l’on accepte ma différence, je trouve important d’apprendre à accepter celle des autres. Cela ne veut pas dire qu’il faut être parfait pour mériter le respect. Simplement, cette ouverture doit pouvoir aller dans les deux sens.
Le handicap ne protège pas des préjugés
On pourrait penser que vivre avec un handicap rend automatiquement plus compréhensif. L’expérience peut nous sensibiliser au regard des autres, mais elle ne nous empêche pas d’avoir nos propres idées reçues.
Moi aussi, je peux me faire une première impression trop rapide. Une façon de parler, un comportement ou une opinion peuvent me surprendre.
Le fauteuil n’est malheureusement pas livré avec une option « zéro préjugé ». Il y a déjà assez de boutons sur le mien, mais celle-là serait utile.
Comme tout le monde, j’ai donc des choses à apprendre et parfois un jugement à revoir.
Je sais ce que les apparences peuvent cacher
Quand quelqu’un m’entend parler, il ne connaît pas forcément mes capacités, mon travail ou mon parcours. Il peut avoir besoin de temps pour me comprendre. De mon côté, j’ai besoin qu’il me laisse le temps de m’exprimer.
Cette expérience peut me servir lorsque je rencontre une personne différente de moi.
Un comportement que je ne comprends pas immédiatement a peut-être une explication que j’ignore. Une difficulté peut être invisible. Une personne peut aussi avoir une manière de vivre très éloignée de la mienne, sans avoir à s’en justifier.
Je n’ai pas besoin de tout connaître de son histoire pour lui parler avec respect.
Les différences ne se limitent pas au handicap
Nous pouvons être différents par notre caractère, notre culture, notre apparence, nos croyances ou notre manière d’aimer.
Il y a les personnes qui parlent beaucoup et celles qui restent discrètes. Celles qui aiment tout prévoir et celles qui improvisent. Celles qui adorent sortir et celles qui préfèrent rester chez elles.
Vivre ensemble demande de laisser une place à ces différences. Si tout le monde devait me ressembler pour que je puisse l’apprécier, mon cercle de connaissances risquerait de devenir assez limité.
Et les conversations manqueraient probablement de surprises.
Accepter ne signifie pas être toujours d’accord
Je peux respecter quelqu’un sans partager toutes ses opinions ou toutes ses habitudes.
Accepter sa différence, c’est reconnaître qu’il peut penser et vivre autrement. Nous pouvons discuter, nous poser des questions et exprimer un désaccord sans nous rabaisser.
Cela n’oblige pas non plus à accepter les insultes ou les comportements blessants. Chacun peut poser ses limites.
Le respect laisse de la place au désaccord. Il demande surtout de ne pas réduire une personne à ce qui nous sépare.
Poser une question plutôt que décider à la place
Avec mon handicap, je souhaite que l’on me demande ce dont j’ai besoin plutôt que de le décider pour moi. Je peux essayer d’appliquer la même attention aux autres.
Écouter une réponse jusqu’au bout. Demander une explication lorsqu’un comportement me surprend. Accepter aussi que la personne ne souhaite pas tout raconter.
Ce sont de petits gestes, mais ils changent la qualité d’un échange.
Je connais bien l’importance du temps nécessaire pour communiquer. À moi aussi d’en laisser aux autres.
Apprendre à être moins dur avec soi-même
Accepter la différence des autres peut également aider à regarder la sienne avec davantage de douceur.
Si je reconnais qu’une autre personne a le droit d’avoir des difficultés, des besoins particuliers ou une façon différente de faire, je peux essayer de m’accorder ce même droit.
Je n’ai pas à être performant dans tous les domaines pour avoir ma place. Les autres non plus.
Mon parcours jusqu’au doctorat est une fierté, mais personne ne devrait avoir à présenter ses diplômes pour être pris au sérieux. Le respect ne se gagne pas à la fin d’une soutenance.
Un effort qui se poursuit
Je souhaite que l’on voie en moi une personne entière, avec mon humour, mes compétences, mes envies et mes difficultés. Je veux essayer de porter ce même regard sur ceux que je rencontre.
Je n’y arriverai pas parfaitement à chaque fois. L’essentiel est de pouvoir écouter, reconnaître une erreur et changer d’avis.
Je demande aux autres de prendre le temps de me connaître. Je peux, moi aussi, leur offrir ce temps.