Tech & AI Journal 23 octobre 2026
Global Edition

Si une guerre éclate, je fais quoi avec mon fauteuil ?

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destroyed city with crashed bus

Quand j’entends parler de guerre, je me pose des questions. Avec mon handicap, elles deviennent rapidement très pratiques : comment partir si nécessaire ? Qui pourrait m’aider ? Comment recharger mon fauteuil ?

Je ne dis pas qu’une guerre va arriver. Mais cette possibilité m’inquiète et me fait réfléchir à des choses auxquelles je préférerais ne pas avoir à penser.

Habituellement, mon programme est plutôt : travail, sortie et éventuellement restaurant. Je trouve que c’est déjà une organisation suffisante.

« Préparez un sac et soyez prêts à partir »

Un sac, je veux bien. Mais dans mon cas, il ne peut pas contenir tout ce dont j’ai besoin.

J’utilise un fauteuil roulant électrique et un lève-personne pour les transferts. J’ai besoin d’aide pour me lever, me laver, m’habiller, manger et me coucher.

Même pour partir quelques jours en vacances, il faut prévoir le matériel et l’accompagnement. Alors imaginer un départ dans l’urgence soulève beaucoup de questions.

Si quelqu’un me demande de prendre uniquement l’essentiel, il faudra lui préciser que, chez moi, l’essentiel prend un peu de place.

J’ai une voiture adaptée, mais il faut un conducteur

Ma voiture est adaptée à mon fauteuil. C’est un avantage important pour me déplacer.

Mais je ne conduis pas. Il faut une personne pour prendre le volant, m’aider à m’installer et m’accompagner.

Je me demande donc comment cela pourrait s’organiser si mes proches ou les intervenantes avaient eux aussi des difficultés à se déplacer.

Mon fauteuil me permet d’avancer seul sur certains trajets, mais je ne compte pas lui demander de traverser le pays. Il risquerait de réclamer une pause recharge avant moi.

Sans électricité, comment faire ?

La batterie du fauteuil est une vraie préoccupation. Sans recharge, mes possibilités de déplacement seraient limitées.

Il faudrait aussi penser aux autres équipements électriques dont j’ai besoin. Trouver un toit serait important, mais il faudrait également pouvoir y vivre dans de bonnes conditions.

On parle beaucoup de l’autonomie des téléphones. Moi aussi, je surveille une batterie, sauf que lorsqu’elle est vide, ce n’est pas seulement ma conversation qui s’arrête.

Et une batterie externe glissée dans une poche ne résoudrait pas le problème. Dommage, parce que la publicité avait l’air prometteuse.

Qui pourrait continuer à m’aider ?

Ce qui me préoccupe surtout, c’est l’aide humaine.

Mes besoins resteraient présents, même si toute l’organisation autour de moi était perturbée. Qui pourrait venir ? Comment les personnes seraient-elles informées de mes besoins ? Comment utiliser le matériel en sécurité ?

Je pense aussi à mes parents. Ils connaissent très bien mon quotidien, mais je ne voudrais pas que tout repose sur eux.

Avoir besoin d’aide rend ces questions difficiles à mettre de côté. Je peux adapter certaines habitudes, mais je ne peux pas décider de devenir autonome pour la toilette à partir de lundi.

J’aurais bien aimé. Cela simplifierait déjà les week-ends.

Et Alexandra dans tout cela ?

Alexandra serait évidemment au centre de mes préoccupations. Elle garde des difficultés de mémoire après sa rupture d’anévrisme. Un nouvel endroit et une situation inhabituelle demanderaient aussi un accompagnement adapté pour elle.

Nous nous aidons au quotidien : elle est mes bras, je suis sa mémoire.

Cette complémentarité compte beaucoup, mais nous avons aussi besoin d’autres personnes. À deux, nous formons un couple, pas un service complet de transport, de soins et de logistique.

Même si, certains jours, notre planning pourrait faire croire le contraire.

Les explosions, très peu pour moi

J’ai peur des bruits forts, des explosions et des feux d’artifice. Alors forcément, lorsque je pense à la guerre, le bruit fait aussi partie de mes inquiétudes.

Mon casque antibruit m’aide dans certaines situations, mais il ne ferait pas disparaître le danger ni mon angoisse.

Je préférerais avoir une télécommande pour baisser le volume de l’actualité. Avec, si possible, un bouton permettant de remplacer les mauvaises nouvelles par un documentaire sur les chats.

Nos deux Maine Coons et notre British seraient probablement d’accord pour participer.

J’aimerais savoir qu’on a pensé à nous

Derrière l’humour, il y a une question sérieuse : quelle place est prévue pour les personnes qui ont besoin d’aide dans une situation de crise ?

Une consigne comme « rendez-vous à tel endroit » suppose que l’on puisse y aller, entrer dans le bâtiment et y rester. Pour moi, cela demande un transport accessible, de l’aide et du matériel.

Ce qui me rassurerait, ce serait de savoir à qui m’adresser et comment nos besoins pourraient être pris en compte, à Alexandra et à moi.

Je n’attends pas de connaître chaque détail d’un scénario hypothétique. J’aimerais simplement que notre accompagnement fasse partie de la réflexion dès le départ.

En attendant, j’ai une vie à vivre

Ces inquiétudes existent, mais je ne veux pas qu’elles décident de toutes mes journées.

J’ai mon travail, ma compagne, ma famille et des moments heureux à partager. J’ai aussi des sorties à préparer et des articles à écrire.

Mettre des mots sur cette peur m’aide à expliquer pourquoi une actualité lointaine peut soulever chez moi des questions très personnelles.

Pour aujourd’hui, je préfère quand même préparer ma prochaine sortie au restaurant.

Là-bas, la seule mobilisation que j’espère, c’est celle du serveur quand je commande l’apéro.

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