Après huit ans de vie de couple, Alexandra m’a quitté. Aujourd’hui, je dois retrouver mes repères dans un quotidien que nous partagions.
Huit ans, cela représente beaucoup de souvenirs, de conversations et de petites habitudes. On finit par connaître la place de l’autre dans sa vie sans forcément y penser. Quand cette personne part, cette place devient soudain très visible.
Vivre seul, avec de l’aide au quotidien
Avec ma paralysie cérébrale, j’ai besoin d’intervenantes pour m’aider dans les gestes du quotidien. Leur présence est essentielle pour la toilette, les repas, les déplacements et bien d’autres choses.
Mais la présence d’une intervenante et celle d’une compagne ne répondent pas aux mêmes besoins. On peut être accompagné pendant une grande partie de la journée et ressentir malgré tout l’absence de la personne avec qui l’on partageait sa vie.
Avoir besoin d’aide ne fait pas disparaître le besoin d’amour, de complicité et d’intimité.
Réapprendre à vivre seul, pour moi, ne signifie donc pas tout faire sans personne. Cela signifie retrouver une vie personnelle au milieu de cette organisation.
Nous avions trouvé notre équilibre
Pour parler de notre couple, je disais souvent : « Elle est mes bras et je suis sa mémoire. »
Cette phrase racontait notre manière de nous compléter. Alexandra m’aidait physiquement et je l’aidais avec ses difficultés de mémoire. Nous avions aussi notre humour, nos discussions et nos sorties.
Son départ change cet équilibre. Il faut désormais repenser certaines habitudes, tout en acceptant que la complicité ne se remplace pas par une nouvelle ligne dans un planning.
Pour organiser une intervention, on peut fixer un horaire. Pour s’habituer à une absence, c’est plus compliqué.
Le changement me demande du temps
J’avais déjà parlé de mes difficultés face aux changements et de ma bipolarité. Aujourd’hui, le changement concerne directement ma vie à la maison.
Je ne veux pas prétendre avoir déjà trouvé la bonne façon de traverser cette séparation. Elle est récente. Je n’ai pas besoin de décider immédiatement à quoi ressemblera toute la suite de ma vie.
Pour le moment, retrouver des repères simples peut déjà être un objectif : garder un rythme, continuer mes activités et laisser une place au repos.
Il y aura peut-être des journées plus faciles que d’autres. Je veux pouvoir avancer sans me demander d’aller bien à toute vitesse.
Garder une place pour ma propre vie
Pendant huit ans, nous avons construit une vie à deux. Maintenant, je dois retrouver ce qui me fait du bien à moi.
Mon travail, mes projets de recherche, ma famille et l’écriture font partie de ma vie. Les sorties aussi. Une promenade, un restaurant ou un moment avec mes proches peuvent garder leur place, même si les choses sont différentes aujourd’hui.
Je n’ai pas besoin de remplir chaque minute pour éviter de penser. J’ai aussi le droit d’avoir des moments à moi, sans devoir être occupé ou entouré en permanence.
Accepter le soutien de mes proches
Mes parents et ma famille occupent une place importante dans ma vie. Dans cette nouvelle étape, leur présence compte.
Parfois, on a besoin de parler. Parfois, on préfère discuter d’autre chose ou simplement passer un moment ensemble. Je souhaite pouvoir trouver ce soutien sans que toutes les conversations tournent forcément autour de la séparation.
Je reste une personne avec des envies, du travail, des idées et de l’humour. Même si, pour une fois, je n’ai pas forcément une blague prête pour chaque situation.
Une suite que je ne connais pas encore
Je ne vais pas effacer huit ans de couple. Cette histoire fait partie de ma vie et les bons souvenirs y garderont leur place.
Aujourd’hui, je commence seulement à découvrir mon quotidien sans Alexandra. Certaines choses devront être réorganisées. D’autres demanderont surtout du temps.
Je n’ai pas encore appris à vivre seul après huit ans de couple. Je suis en train de l’apprendre.