J’ai parfois l’impression de ressentir les choses très fort. Les joies, les inquiétudes et les contrariétés peuvent prendre beaucoup de place.
De l’extérieur, on ne voit pas forcément tout ce qui se passe dans ma tête. Une situation peut sembler ordinaire pour quelqu’un et me demander, à moi, du temps pour retrouver mon calme.
Aujourd’hui, j’ai envie de parler de cette intensité, avec mes mots.
Le volume des émotions
Pour expliquer mon ressenti, j’imagine un bouton qui règle le volume des émotions. Chez moi, j’ai parfois l’impression qu’il est monté un peu haut.
Et, bien sûr, je ne trouve pas toujours la télécommande. Pour quelqu’un qui travaille dans l’informatique et s’intéresse à la maison connectée, c’est tout de même contrariant.
Derrière cette plaisanterie, il y a une difficulté à expliquer : je peux comprendre une situation avec ma raison tout en restant très touché par elle.
Savoir qu’une inquiétude est peut-être excessive ne suffit pas toujours à la faire disparaître.
Quand l’inquiétude prend de la place
J’ai déjà parlé de mes angoisses : l’arrivée d’une nouvelle intervenante, l’avenir sans mes parents ou la peur de devenir une charge pour mes frères.
Ces pensées touchent à des choses importantes pour moi : la confiance, la sécurité et la place que j’occupe auprès de mes proches.
Avec mon handicap, j’ai besoin d’aide pour de nombreux gestes du quotidien. Les questions d’organisation peuvent donc avoir une dimension très personnelle. Derrière un changement d’intervenante, il y a aussi la nécessité de découvrir quelqu’un et de lui faire confiance.
Ce que je ressens mérite d’être entendu, même lorsqu’une solution pratique existe déjà.
Les joies ont aussi leur place
Quand je dis que je ressens les choses fortement, je ne veux pas parler uniquement des moments difficiles.
Il y a aussi ce que j’aime : les sorties, les moments avec ma famille, mes projets et les choses que je découvre. J’aime notamment l’automne, ses odeurs, ses couleurs, Halloween et les tempêtes.
Je peux apprécier une ambiance, une idée ou un moment partagé. Je ne souhaite pas que mes inquiétudes prennent toute la place dans la façon dont je raconte ma vie.
Je suis aussi une personne curieuse, qui aime rire et avoir des envies.
Ma bipolarité fait partie de mon histoire
Je vis avec une bipolarité. Mais je ne veux pas lui attribuer automatiquement chacune de mes émotions.
Je peux être heureux, triste ou contrarié pour des raisons qui appartiennent simplement à ma vie. Mon caractère, mon histoire et les événements que je traverse comptent aussi.
Je parle ici de mon ressenti personnel. Je n’ai pas toujours une explication précise pour chaque réaction, et je ne peux pas résumer mon fonctionnement en une seule étiquette.
J’aimerais que l’on puisse écouter ce que je ressens sans chercher immédiatement à tout expliquer.
Être écouté avant d’être rassuré
Quand une émotion prend beaucoup de place, j’ai besoin de pouvoir la dire.
Une personne peut vouloir me rassurer très vite, avec de bonnes intentions. Pourtant, avant de chercher une solution, prendre le temps de comprendre mon inquiétude peut déjà m’aider à me sentir entendu.
Je n’attends pas que mes proches ressentent exactement la même chose que moi. J’aimerais pouvoir leur expliquer ce qui me touche, sans devoir démontrer que ma réaction est suffisamment raisonnable pour être écoutée.
Ma famille commence à mieux comprendre ma bipolarité. Cette évolution est importante pour moi et laisse davantage de place au dialogue.
Trouver des moments pour souffler
Dans mon quotidien, l’ASMR m’aide à me détendre et à réduire mon stress. C’est un moment que je peux prendre pour moi.
Écrire me permet aussi de mettre des mots sur ce que je souhaite partager. Je peux prendre le temps de formuler une pensée, de la relire et de chercher une façon plus juste de l’exprimer.
L’humour garde également sa place. Il ne règle pas tout, mais il me permet parfois de raconter une difficulté sans que tout devienne lourd.
Si je pouvais faire une mise à jour de mon bouton de volume émotionnel, je demanderais surtout un réglage plus accessible. Avec de gros boutons, évidemment.
Me laisser du temps
Je ne souhaite pas devenir indifférent à ce qui m’entoure. J’aimerais surtout mieux vivre les moments où mes émotions occupent tout l’espace.
Cela passe aussi par le droit de prendre du temps, de parler et de reconnaître qu’une situation me touche.
Je n’ai pas besoin d’avoir immédiatement la bonne explication ou la bonne réaction.
Je ressens parfois les choses très fort. J’apprends à leur faire une place, tout en gardant de l’espace pour le reste de ma vie.